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Observer les tendances, mener une réflexion structurée et faire de la prospective basée sur des éléments concrets, c’est aussi le rôle de Code Zero en tant que think tank. Nous parlons souvent de sports de glisse et de sports alternatifs mais nous connaissons très bien le secteur du nautisme pour y évoluer (sur le plan professionnel bien sûr) depuis 12 ans et nous y avons des très nombreux contacts.

Billet initialement publié en février dernier et mise à jour le 8 avril 2015.

Vanquish Boat présente aussi un concept boat hybride entre un jet ski et un bateau traditionnel. A notre avis le VQ 15 (en photo en bas du post) , c’est son nom va même plus loin avec celui ressemble à une vraie coque de bateau. Ce qui rend la réflexion qui suit encore plus d’actualité. 

En France, le marché du nautisme, c’est avant tout (plus de 80% et cette part est en augmentation) le petit bateau à moteur (6 mètres et moins). Même s’il y aura toujours une clientèle pour la voile et les produits haut de gamme, le prédominance du petit bateau à moteur devrait perdurer. Certes mais sous quelle forme ?

  • Malgré le fait que ces petits bateaux à moteur soient transportables, l’accès à la mer n’est en rien facilité. Une remorque est synonyme de péage plus cher. Une fois parvenu au port, l’impétrant s’aperçoit souvent que l’accès à l’eau est payant et qu’en échange rien n’est fait pour lui faciliter la vie. Pour le parking (de la remorque), il faut parfois repasser à la caisse.
  • Le législateur français toujours prompt à taxer tout ce qui bouge confond le plaisancier avec un délinquant fiscal. La longueur et la puissance sont des paramètres aggravants. Mouiller sera tôt au tard payant.
  • Compte-tenu de la difficulté à obtenir une place et des coûts inhérents, on ne sait pas si disposer d’une place de port est une chance. De plus, le système des ports en France est bloqué, mais tout le monde fait mine de croire qu’on pourrait trouver des « solutions » sans rien changer. Terrible posture hexagonale.
  • Aujourd’hui l’offre, en termes de petits bateaux à moteur, s’adresse en majorité aux familles et aux pêcheurs amateurs (souvent retraité). Rien de bien excitant pour les jeunes ou les couples. Ou hors de prix.

Strand Craft Design vient de dévoiler le projet d’un jet ski ultra haut de gamme, destiné à aller prendre place au sein des flottes de « jouets » qu’embarquent en général les mégayachts. Motorisé par un V8 de 5,7 litres délivrant 300 cv et désigné comme une voiture de luxe. Cet engin élitiste n’est évidemment pas LA solution mais on peut toutefois extrapoler à partir de ce modèle.

  • Dans une société où les gens veulent un accès facile et rapide aux loisirs, à fortiori parce qu’ils zappent d’un hobby à un autre, la possession d’un bateau sera de plus en plus ressentie comme un coût et une contrainte. C’est déjà le cas.
  • la longueur étant un problème fiscal qui devient un problème technique (il y a peu de place sur un bateau de 5 mètres et les petits bateaux ont des qualités de navigation très discutables), comment contourner ?
  • La prochaine génération de cadres et de retraités n’aura pas le même rapport à l’achat d’un bateau, encore moins les moyens. En cause, le poids des crédit immobilier dans la durée, le montant des salaires, l’instabilité professionnelle et surtout des retraites. Entre autres
  • Il faudra bien tôt au tard développer une offre en direction des jeunes et des couples, une offre souple, plaisante et accessible. Une offre en adéquation avec la nouvelle donne, pas celle des années 70/80. Rien que sur le plan design, encore aujourd’hui, beaucoup trop de modèles ressemblent à des bidets flottants.

A une époque, l’automobile a bien compris que la petite citadine était son avenir car elle correspondait à un besoin. Les marques ont donc trouvé un moyen pour vendre une deuxième voiture aux familles en complément de la grosse berline. La petite séduisait aussi des familles à petit budget. Il faut ainsi essayer d’entrevoir l’avenir du nautisme à travers ce prisme : accès, mis en oeuvre, coût, adaptation aux besoins.

Si l’on veut bien s’affranchir des pré-supposés, un jet ski est un petit bateau. Un moyen moderne, souple, et plus facile pour aller en mer au moins pour une partie de la clientèle plus jeune, celle justement que le secteur cherche à attirer. On pourrait imaginer des modèles au look séduisant, pas forcément sur-motorisés, sécurisant, adaptés à de nouvelles cibles et à une pratique davantage orientée loisirs « courts ».  Il fait beau, je sors deux heures. Ca résoudrait certains problèmes évoqués plus haut. D’infrastructure notamment. Certes en France, le jet ski a mauvaise presse. En cause, l’engin lui-même bien sur, certains utilisateurs c’est évident, mais aussi certaine figures imposées qui tiennent à la culture française de la voile. Le jet ski, c’est « mal », ce n’est pas un bateau. L’idée de la croisière aussi. L’idée qu’un bateau est avant tout fait pour naviguer alors que pour beaucoup de gens, un bateau sert avant tout à aller sur l’eau. La différence est de taille. L’accès à la mer passera par des solutions plus légères, plus mobiles, il y aura moins d’implication identitaire, moins de rêve, plus de plaisir sans arrière pensée, beaucoup de « clients » seront plus dans le recherche d’une parenthèse de tranquilité. Et voudront une solution pour ça.

Mais rien n’est définitivement figé. Enfin, on l’espère. Que ce genre d’engin se développe ne remet pas forcément en cause l’existence du reste. Nombre sont ceux d’ailleurs qui veulent une « plate forme » sécurisante. Notamment les femmes. Promis, la prochaine fois, on parle de deck-boat…. une solution qui séduit les américains en général très pragmatiques…

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